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Des objets radioactifs en héritage

Chaque année, l’Andra collecte près d’une centaine d’objets radioactifs chez des particuliers. Transmis de génération en génération, souvent oubliés dans une cave ou un grenier, ils sont des témoins de l’histoire des sciences et de la radioactivité. Focus historique sur des objets radioactifs d’un autre temps auquel nous invite le Musée Curie.

Pierre et Marie Curie dans leur laboratoire dit "l'atelier de la découverte"

À Paris, pousser les portes du Musée Curie, c’est un peu marcher sur les traces de « la famille aux cinq prix Nobel ». Dans ce lieu où était installé le laboratoire au sein duquel Marie Curie puis Irène et Frédéric Joliot-Curie ont mené des expériences scientifiques qui ont marqué l’histoire, le visiteur remonte le temps. De la découverte de la radioactivité jusqu’à ses premières applications médicales, en passant par les « folles années » d’engouement commercial pour le radium… l’exposition d’objets anciens scientifiques et parfois plus anecdotiques en dit long sur la manière dont la radioactivité a fait avancer la science et changer la société.

De la physique à la médecine

Mais comment débute cette histoire ? Après la découverte de la radioactivité naturelle par Henri Becquerel en 1896, des recherches expérimentales sont entreprises par Pierre et Marie Curie pour comprendre la nature de ces rayonnements et conduisent à la mise au jour d’un nouvel élément chimique : le radium. Afin de détecter et mesurer la radioactivité, des appareils et instruments scientifiques d’une grande diversité sont utilisés : quartz piézoélectrique, électromètre à quadrants, chambre d’ionisation…

En 1901, Pierre Curie décrit les effets physiologiques du radium. Les Curie ouvrent la voie aux premières applications thérapeutiques de la radioactivité en dermatologie et dans le traitement des cancers. Celles-ci vont se développer à l’aube de la Première guerre mondiale dans le cadre de l’Institut du radium regroupant les laboratoires Curie et Pasteur, puis dans les années 1920 avec la création d’appareils de télécuriethérapie et de röntgenthérapie (irradiation externe).

La fille du couple Curie, Irène, et son mari Frédéric Joliot prendront la suite et feront émerger l’existence de nouveaux éléments radioactifs grâce à leurs travaux sur la nature de l’atome.

Pour mesurer la radioactivité, le système expérimental des Curie, la « Méthode Curie » incluait une chambre d'ionisation, un électromètre à quadrants et un quartz piézoélectrique. ©Uriel Chantraine / Musée Curie

La folle épopée du radium

Réveil Bayard avec les aiguilles, les chiffres et les graduations visibles dans la nuit grâce à l’utilisation d’une peinture au radium ©Sacha Lenormand/Musée Curie

Ce nouvel élément aux propriétés inédites ne devait pas rester l’apanage des seuls scientifiques et du corps médical. Le « rayonnement » du radium gagne peu à peu la société tout entière. Dans l’entre-deux-guerres, paré de toutes les vertus, il fait l’objet d’un tel engouement qu’on parle aujourd’hui des « années folles du radium ». Ingrédient pour des produits de beauté, prescrit en cure thermale ou utilisé à domicile avec les fameuses « fontaines de radium », il est synonyme de bien-être et promesse de jouvence. L’industrie qui s’est emparée de cette manne met aussi sur le marché les objets les plus divers à base de radium, comme des montres et des réveils aux aiguilles phosphorescentes. Un vrai phénomène de mode !

Un héritage pas comme les autres

Dès 1937, l’interdiction du radium dans les produits manufacturés met fin à cette frénésie, après que la communauté scientifique et médicale ait pris conscience de ses dangers. Relégués au grenier, ces objets radioactifs sont aujourd’hui des vestiges dont les particuliers sont incités à se séparer et que les experts de l’Andra viennent collecter gratuitement au domicile des particuliers avant de les prendre en charge sur ses centres, dans l’Aube. En cas de doute, un conseil : si l’objet suspecté ne mentionne pas la présence de radium, le placer dans l’obscurité et voir s’il brille peut donner une indication. En attendant sa prise en charge, le mieux est de l’emballer dans un sac plastique et de le placer dans une pièce à l’écart, qu’on se le dise !

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