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Focus sur 3 pays européens

À l’heure où certains pays se lancent dans l’exploitation de l’énergie nucléaire et où d’autres font le choix d’y renoncer, mettre en œuvre des solutions responsables et à long terme pour gérer les déchets radioactifs est un impératif, notamment dans la perspective du démantèlement des installations nucléaires…

SUISSE : deux projets de stockages géologiques pour l’ensemble des déchets radioactifs

Irina Gaus, responsable Recherche & Développement à la Nagra, société coopérative nationale pour le stockage des déchets radioactifs

Vos projets et solutions de stockage

Dès les années 1980, la Suisse a fait le choix de stocker tous ses déchets radioactifs dans deux centres de stockage géologique profonds, l’un pour les déchets de faible et moyenne activité à vie courte, l’autre pour les déchets de haute et moyenne activité à vie longue. Nos déchets sont conservés sur leurs lieux de production (sites des centrales), ainsi que dans un entreposage centralisé, exploité par la société Zwilag. Deux roches d’accueil sont étudiées dans deux laboratoires scientifiques distincts : celui du Grimsel, dans le granite du Massif de l’Aar, et celui du Mont Terri, construit dans une couche d’argile. Si le Grimsel reste un laboratoire de recherche international très actif, la Suisse a abandonné l’option du granite pour le stockage. Comme en France, nos projets se dessinent aujourd’hui dans une couche argileuse. Leurs concepts de sûreté sont aussi très proches de votre projet Cigéo.

Où en êtes-vous aujourd’hui ?

Depuis 2008, nous sommes à la recherche de sites pour implanter les stockages. Cette recherche s’inscrit dans le cadre d’un Plan sectoriel (plan d’aménagement de la Confédération helvétique) qui réduit étape par étape le nombre de possibilités d’implantations et organise une concertation transparente, équitable et participative avec la population et les acteurs concernés. À l’étape actuelle de la procédure, trois sites dans le Nord de la Suisse sont encore en lice et font l’objet d’investigations géologiques approfondies.

Les prochaines étapes ?

La Nagra annoncera en 2022 pour quels sites elle entend déposer une demande d’autorisation générale. Celle-ci
sera soumise à l’approbation du Conseil fédéral en 2024, pour une mise en exploitation prévue aux alentours de 2050 - 2060. Parallèlement, la population suisse s’est prononcée en 2018 en faveur d’une stratégie énergétique qui prévoit la sortie du nucléaire à l’horizon 2050. La fermeture et le démantèlement de nos cinq réacteurs nucléaires sont programmés dans les prochaines décennies, l’un d’entre eux a déjà été arrêté fin 2019.

 

ESPAGNE : un projet d’entreposage temporaire pour les déchets les plus radioactifs

Inmaculada Lopez Diaz, cheffe du département Ingénierie d’Enresa, organisme national de gestion des déchets radioactifs

Vos projets et solutions de stockage

Stockage de déchets FMA dans le centre d’El Cabril (Espagne)

Nos déchets radioactifs de faible et moyenne activité sont stockés dans un centre industriel situé à El Cabril (région de Cordoue), exploité par Enresa. Depuis 2011, une section spécifique de cette installation reçoit également les déchets de très faible activité. Les déchets de haute activité et le combustible usé sont entreposés en piscine et dans des installations d’entreposage à sec sur les sites des centrales en exploitation. En attendant de mettre en œuvre un stockage géologique profond qui les accueillera à terme, nous développons, depuis dix ans, un projet d’entreposage centralisé temporaire : ATC (Almacen Temporal Centralizado).

Où en êtes-vous aujourd’hui ?

Pour l’implantation d’ATC, un processus de sélection des sites a permis d’aboutir au choix de Villar de Cañas (région de Cuenca). De nombreuses études et travaux préliminaires ont déjà été réalisés. Le Conseil de sûreté nucléaire avait émis un avis favorable à l’obtention d’une autorisation de création, mais le projet a été arrêté pour des raisons politiques, fin 2018. Aujourd’hui, nous ne savons pas ce qui sera décidé.

Les prochaines étapes ?

La politique énergétique du pays prévoit une fermeture de tous les réacteurs nucléaires d’ici 2035. Sept réacteurs
seront démantelés dans les quinze années à venir, ce qui nécessitera d’augmenter les capacités de stockage d’El Cabril aux alentours de 2028. Nous attendons une autorisation d’extension pour 2022. Concernant le combustible usé et les déchets de haute activité, nous espérons que le prochain plan général de gestion des déchets radioactifs dissipera les incertitudes relatives à ATC. Le Gouvernement a également pour but d’avancer vers la concrétisation du stockage géologique profond, pour une mise en service d’ici 2068.

 

BELGIQUE : la construction d’un stockage en surface attendue pour 2022

Sigrid Eeckhout, responsable communication de l’Ondraf (organisme national de gestion des déchets radioactifs)

Vos projets et solutions de stockage

Laboratoire souterrain Hadès à Mol (Belgique)

Depuis les années 1980, tous nos déchets radioactifs sont entreposés sur leur site de production ou sur le site d’entreposage temporaire de Dessel, en attendant la réalisation de deux projets de stockage définitif : l’un en surface, à Dessel, pour les déchets de faible et moyenne activité à vie courte (aussi appelés déchets A) et l’autre en profondeur, pour les déchets de moyenne et haute activité à vie longue (déchets dits B et C).

Où en êtes-vous aujourd’hui ?

Les recherches menées depuis quarante ans dans notre laboratoire scientifique souterrain, Hadès, situé à -225 m dans une couche argileuse à Mol ont montré que le stockage profond dans l’argile est une solution intéressante et sûre. Parallèlement, ces vingt dernières années, nous avons développé une approche partenariale et participative avec la population belge pour étudier les conditions (techniques, économiques, sociales…) de stockage des déchets les moins radioactifs. Pour ce projet de stockage en surface des déchets de faible et moyenne activité à vie courte, nous avons déposé en 2019, un dossier de demande d’autorisation de création auprès de l’Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN).

Les prochaines étapes ?

Nous attendons une autorisation de création du projet de stockage en surface en 2022, pour un début d’exploitation en 2025. En ce qui concerne le stockage des déchets de moyenne et haute activité, nous attendons une autorisation sur le principe du stockage géologique, qui doit nous permettre de lancer un processus décisionnel pour le choix d’un site. Par ailleurs, en 2003, la Belgique a voté une loi de sortie progressive de l’énergie nucléaire. À partir de 2025, l’exploitant des centrales nucléaires commencera le démantèlement de ses réacteurs.

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