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L'hydrogéologie, un maillon essentiel de la gestion de l'environnement

L’hydrogéologie est l’un des volets des sciences de la terre. Peu connue, cette discipline complexe étudie les eaux souterraines et l’influence de l’activité humaine sur celles-ci. Si elle intervient dans de nombreux aspects de notre quotidien, elle est avant tout indispensable à une gestion raisonnée de l’environnement. Les explications d’un spécialiste.

Interview de... Emmanuel Soncourt, hydrogéologue

Qu’est-ce que l’hydrogéologie ?

Emmanuel Soncourt : L’hydrogéologie s’intéresse à tout ce qui concerne les eaux souterraines : les eaux dans le sous-sol et de manière plus large les eaux naturelles, entre le moment où elles touchent le sol et le moment où elles rejoignent une rivière. L’hydrogéologue intervient à chaque fois que les activités humaines peuvent interférer avec ces eaux, que ce soit pour préserver la ressource en eau – d’un point de vue qualitatif et quantitatif - ou pour valoriser cette ressource. C’est un métier très méconnu, mais quand vous vous levez le matin, quel que soit l’endroit où vous habitez, vous utilisez les services d’un hydrogéologue, ne serait-ce qu’en ouvrant le robinet. Il y a forcément un hydrogéologue qui est intervenu pour localiser le point de captage, pour en assurer la protection et la pérennité.

Quelles sont les missions de l’hydrogéologue ?

E. S. : Ses missions vont s’inscrire dans la production d’eau (potable, industrielle ou destinée à l’irrigation) : avec la réalisation de synthèses hydrogéologiques pour évaluer la présence de l’eau, le suivi de travaux de forages pour connaître la nature des terrains et le comportement des différentes nappes d’eau souterraines, ou encore l’analyse de la qualité de l’eau ou du vieillissement d’un ouvrage de captage. Il va travailler également sur tout ce qui concerne la protection de la ressource en eau pour s’assurer que les activités humaines (agricoles, industrielles, de transport) ne risquent pas de dégrader sa qualité. À partir d’une activité qui existe ou qui est prévue, sa mission va consister à évaluer et à limiter l’impact de cette activité sur les eaux souterraines.

Dans le cadre d’activités comme celles de l’Andra, comment intervient l’hydrogéologue ?

E. S. : D’abord très en amont de la conception du projet de stockage. L’hydrogéologue va localiser l’endroit le plus adéquat à la gestion des déchets, et définir les dispositions à mettre en œuvre en matière de construction pour que le stockage réponde aux conditions requises par la réglementation. Son objectif est de déterminer l’emplacement idéal pour que le centre soit toujours sûr, quelles que soient les circonstances. J’ai participé aux études préalables à la construction du Centre de stockage de l’Aube dès 1984 (le centre a ouvert en 1992, NDLR). Quelques-unes des multiples et nombreuses études réalisées ont consisté à mesurer le niveau de la nappe d’eau souterraine à différents endroits et à différentes saisons, à analyser comment il évolue, et à extrapoler les résultats à des périodes atypiques, dites de « hautes eaux extrêmes ». Ensuite, pendant toute la période d’exploitation, des mesures de contrôle vont permettre à l’hydrogéologue de vérifier les niveaux de la nappe et la qualité de l’eau par rapport à des mesures de référence faites avant la construction du stockage ou en amont du centre de stockage.

« " L'objectif de l'hydrogéologue est de déterminer l'emplacement idéal pour que le centre soit toujours sûr, quelles que soient les circonstances." »

Comment l’hydrogéologie permet-elle d’anticiper des risques potentiels ?

E. S. : On part toujours de situations observées : les niveaux d’eau mesurés en périodes de basses eaux et de hautes eaux, par exemple. Puis, on va suivre, sur des durées plus ou moins longues, les variations de ces niveaux. À Soulaines, les points d’eau sont suivis depuis plus d’une trentaine d’années. À partir de ces observations, on va chercher à reconstituer, grâce à des calculs mathématiques complexes, des situations extrêmes ou qui n’ont jamais été observées. Par exemple, à partir d’une mesure de niveau de nappe au repos, on va calculer quelle serait l’influence d’un pompage ou d’une crue importante, à tel ou tel endroit, sur les vitesses d’écoulement, la trajectoire des particules d’eau dans le sous-sol, etc. Les méthodes d’interprétation et des formules de calculs analytiques permettent aujourd’hui d’aller très loin dans la simulation. 

C’est une science complexe…

E. S. : Oui, c’est une discipline particulièrement complexe qui fait intervenir toutes les sciences de la terre parce qu’elle étudie l’interaction entre la roche du sous-sol et 
les particules d’eau qui y circulent. Ce sont les caractéristiques de la roche qui vont conditionner le comportement de l’eau souterraine. L’hydrogéologie est également beaucoup basée sur des notions de physique, de chimie et de mathématiques. Une étude hydrogéologique ressemble parfois à un travail d’enquête scientifique : on rassemble des indices à partir desquels on va élaborer des hypothèses qu’on cherche à vérifier par des observations ou des calculs complémentaires.

« " Une étude hydrogéologique ressemble parfois à un travail d'enquête scientifique." »

La préservation de l’environnement, c’est le but de l’hydrogéologue ?

E. S. : Oui, bien sûr, cette dimension est extrêmement forte dans notre métier. Mais cette notion de préservation se colore d’une dimension de gestion de l’environnement. Il ne s’agit pas d’une préservation « muséale » de l’environnement. À partir du moment où on est au monde, on interagit forcément avec lui. La question qui se pose, c’est qu’est-ce qu’on tolère, qu’est-ce qu’on accepte comme interaction ? Il y a deux types d’interaction. Une interaction que j’appellerai « minière » : on puise dans une ressource de manière excessive par rapport à la capacité de renouvellement de cette ressource – et on prive nos descendants de cette ressource, ce qui est de mon point de vue complètement intolérable - et une autre interaction qui consiste en une utilisation raisonnée de l’environnement : on utilise la partie renouvelable de la ressource sans toucher au capital. 

 

Bio express

Emmanuel Soncourt est hydrogéologue depuis 40 ans. Basé en Côte-d’Or, il a fait une grande partie de sa carrière au BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) puis au bureau d’études Antea à Reims et à Dijon avant d’exercer l’hydrogéologie en indépendant. Il est spécialiste des études de ressources en eau, de gestion des eaux superficielles et souterraines, et des dossiers réglementaires au titre de la loi sur l’eau et du code de la santé publique. De 1984 à 1989, il a participé aux études préalables menées sur les terrains choisis pour l’implantation du Centre de stockage de l’Aube.

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