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Quand un déchet radioactif se retrouve accidentellement dans des déchets ménagers…

La presse se fait parfois écho de la découverte accidentelle d’objets ou de déchets radioactifs dans des chargements de déchets ménagers. Même si ces situations sont très rares, un protocole est mis en œuvre dès leur détection afin de les mettre en sécurité et les orienter vers leurs filières de gestion dédiées et gérées par l’Andra.

Portique de détection de la radioactivité - © Berthold France SAS

Tous les centres d'enfouissement de déchets ultimes (voir encadré ci-dessous), mais aussi les usines d’incinération ou les sites de récupération de ferrailles et les fonderies, disposent à leur entrée de portiques de détection de la radioactivité dans l’éventualité où des déchets radioactifs se retrouveraient par erreur dans les chargements qui arrivent sur leurs installations.

« Quand l’alarme d’un portique sonne, dans la très grande majorité des cas, il ne s’agit pas d’éléments très radioactifs, explique Christophe Dumas, de la direction des opérations industrielles de l’Andra. Le plus souvent, ce sont des déchets de soins liés à des examens de médecine nucléaire (notamment les techniques d’imagerie médicale comme les scintigraphies). Ces déchets radioactifs sont généralement à vie très courte (jusqu’à quelques dizaines de jours). » Mais d’autres cas peuvent se présenter, comme des objets radioactifs anciens : « Des paratonnerres, un morceau de minerai contenant de l’uranium, ou encore des montres avec de la peinture luminescente au radium, voire des fontaines au radium », signale Christophe Dumas.

 

Centre d’enfouissement de déchets ultimes. Quèsaco ?

Les déchets ultimes sont des déchets qui ne sont plus susceptibles d'être traités ou recyclés. Ils sont stockés sur ce qu'on appelle des « centres d'enfouissement technique » (CET) ou « centres de stockage de déchets ultimes » (CSDU).

Que se passe-t-il lorsqu’un objet radioactif est détecté ?

Fontaine au radium

Si un camion se présente au portique de détection et que l’alarme se déclenche en raison de la détection d’une radioactivité anormale, la première mesure consiste à… refaire la mesure, c’est-à-dire à passer à nouveau le véhicule dans le portique (deux fois, selon les prescriptions de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire – IRSN), afin d’être certain que les appareils de mesures ont fonctionné correctement. Si le niveau de radioactivité anormal est confirmé, il convient alors de s’assurer que ce n’est pas le conducteur du véhicule qui a lui-même fait l’objet d’un examen de médecine nucléaire et qui pourrait expliquer le déclenchement de l’alarme.

Si cette explication est écartée, le chargement est bâché afin d’éviter tout risque de dispersion de la radioactivité, en cas de pluie notamment, puis isolé 24 heures sur le site. Au terme de cette période, il repasse devant le portique pour un nouveau contrôle. Si ce dernier ne se déclenche pas, c’est que la radioactivité initialement présente dans le chargement a décru de façon importante. C’est notamment le cas pour certains déchets radioactifs médicaux. Le chargement peut donc poursuivre vers sa destination.

En revanche, si au terme de la période d’isolement le portique continue de se déclencher au passage du chargement, une toute autre procédure se met en œuvre : le chargement est signalé aux autorités compétentes (direction régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement – la DREAL –, avec l’appui de l’IRSN et de la gendarmerie). « Si c’est possible, le centre d’enfouissement tente de retrouver le propriétaire initial du déchet », complète Christophe Dumas. Le chargement est ensuite analysé à plusieurs reprises afin de connaître la nature du déchet radioactif « C’est ce qu’on appelle un contrôle de caractérisation. Il est demandé par le centre d’enfouissement ou le propriétaire du déchet auprès des organismes de contrôle spécialisés, agréés par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). »

 

À quel moment intervient l’Andra ?

Bâtiment d'entreposage du Cires

S’il s’agit d’un déchet à vie très courte, il devra être isolé plusieurs jours dans un local d’entreposage adapté, le temps que la radioactivité décroisse. Lorsqu’il s’agit de déchets radioactifs qui ne peuvent pas être gérés en décroissance sur le site, le centre d’enfouissement prend alors contact avec l’Andra pour organiser la prise en charge. « Le rôle de l’Agence est d’émettre des prescriptions pour qu’ils soient conditionnés et orientés vers la bonne filière de stockage ou d’entreposage. Pour certains objets, comme les montres ou les fontaines au radium, l’Andra dispose d’une connaissance approfondie de leur radioactivité permettant une prise en charge simplifiée », précise Christophe Dumas.

Dans la mesure où il s’agit essentiellement de déchets radioactifs de faible activité à vie longue (FA-VL), souvent jetés par méconnaissance de la radioactivité, ils sont orientés la plupart du temps vers le Centre industriel de regroupement, d'entreposage et de stockage (Cires) de l’Andra dans l’Aube pour y être entreposés. « La prise en charge de l’objet radioactif se fait lors de l’une des collectes menées par l’Andra sur tout le territoire national afin de récupérer les déchets des producteurs non-électronucléaires (hôpitaux, laboratoire de recherche, etc.) », conclut Christophe Dumas.

 

Et si vous trouviez un objet radioactif chez vous ?

L’Andra collecte chaque année environ 100 objets radioactifs produits lors des années phares du radium. Parmi ces objets figurent des minéraux de collection (monazite, autunite, etc.), des montres, des réveils, des fontaines au radium ou encore des objets au radium à usage médical, appelés Orum (aiguilles, sondes, plaques, etc.), retrouvés souvent chez d’anciens radiologues. Comment les reconnaître ? « Souvent, la présence de radium est inscrite sur l’objet », explique Raphaël Alonso technicien en assainissement des sites pollués et spécialiste en radioprotection et en mesure nucléaire à l’Andra. Un conseil si vous découvrez par exemple un objet radioactif luminescent : « Le placer dans l’obscurité. Un objet fabriqué avant les années 1960 qui brille la nuit sans avoir été exposé à la lumière depuis au moins deux jours est vraisemblablement radioactif. Le mieux est d’emballer l’objet dans du plastique avec soin avant de l’isoler dans une pièce à l’écart. » Une demande de prise en charge gratuite de ces objets peut être faite auprès de l’Andra.

Pour aller plus loin... Les conditions de prise en charge des objets radioactifs
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